Broadcasting treaty de l’OMPI, attention danger!

Le sujet de la liberté et des droits sur Internet reviendra très probablement  sur ce blog par la suite. Je m’étais beaucoup intéressée à l’ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement), qui à ma grande satisfaction a fini par être rejeté par le Parlement européen.

L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) a un nouveau projet dans ses tiroirs, le Broadcasting Treaty. Ce traité, s’il est adopté (puis ratifié) par les États, irait au-delà de ce que prévoyait ACTA en remettant en cause le domaine public et les licences libres sur Internet. Soit des sites comme Wikipedia ou des licences comme Creative commons.

Pour le moment, pas d’affolement, mais à surveiller attentivement. Plus de détails à lire ici (sur le blog « Hotel Wikipedia »).

Florilège de phrases que les Républicains auraient dû s’abstenir de prononcer

Ceci est une liste tristement non exhaustive des ânneries, plus ou moins graves, prononcées par les Républicains aux Etats-Unis ces derniers mois.

Commençons par Newt Gingrich, ancien « speaker » de la chambre des représentants, docteur en histoire, qui nous gratifie d’un très inspiré :

Nous sommes en présence d’un peuple palestinien inventé, qui est en fait un peuple arabe, et qui faisait historiquement partie de la communauté arabe.

Il confirmera donc sans problème que nous sommes en présence d’un peuple des Etats-Unis inventé, qui est en fait un peuple occidental, et qui faisait historiquement partie de la communauté occidentale.

Sans plus attendre, je vous mets en relation avec Michele Bachmann, juriste, élue à la chambre des représentants, qui affirme sans complexe que, si elle était élue :

Nous n’aurions pas d’ambassade en Iran. Je n’aurais pas accepté cela.

A toute fin utile, précisons que les Etats-Unis et l’Iran ont rompu toute relation diplomatique depuis le 7 avril 1980, suite à la crise des otages à Téhéran. Nous sommes donc en présence d’une ambassade américaine inventée… bref.

Rick Perry, pourtant Gouverneur du Texas, n’a pas hésité avant de lancer devant une audience certainement déconcertée :

Nos Pères fondateurs n’ont jamais voulu que Washington domine à ce point le pays. Ils avaient même très peur de cette évolution. Ils venaient d’avoir cette expérience avec ce gouvernement lointain qui centralisait toutes les décisions. C’est même pour cette raison que nous avons mené la révolution au XVIe siècle.

Oh, ça va! On est pas à deux siècles près… (c’était en réalité en 1776, au XVIIIe siècle).

Une de mes préférées, un peu plus ancienne, mais plus subtile et surtout prononcée par John McCain, sénateur et candidat malheureux à la présidentielle qui faisait des relations internationales sa spécialité :

Il est de notoriété publique et cela a été rapporté dans les médias qu’Al Qaïda s’étend en Iran, qu’il y reçoit un entraînement et qu’il revient en Irak à partir d’Iran. On le sait bien et c’est malheureux.

Pas de chance, Al Qaïda est une organisation sunnite tandis que l’Iran est majoritairement chitte. Une telle coopération n’est guère « de notorité publique ».

Pour finir, une petite sortie de Mitt Romney, candidat Républicain pour la prochaine présidentielle, qui fait tout de suite son petit effet :

Je ne me soucie pas pour les très pauvres. Nous avons un filet de sécurité et s’il a besoin d’être réparé, je le réparerai.

Malgré le « filet de sécurité », les très pauvres sont toujours très pauvres. La politique sociale des Etats-Unis de plus en plus efficace.

Et un bonus :


Comment ça, il n’est pas Républicain ? Comme ça, c’est pas drôle ? Ah non, effectivement, c’est pas très drôle…

L’argument anti-mariage homosexuel que je ne veux plus entendre

Depuis la confirmation en juin du Premier Ministre M. Ayrault qu’une loi autorisant le mariage des couples homosexuels seraient effectivement adoptée, comme promis lors de la campagne électorale, par l’Assemblée nationale début 2013, les médias nous abreuvent de témoignages et de réflexions plus ou moins cohérentes sur le sujet.

Si je peux comprendre certains arguments contre le mariage homosexuel de nature religieuse ou spirituelle, il y en a un qui m’irrite au plus haut point et que je souhaiterais instamment ne plus entendre. Il s’agit de celui qui consiste à dresser un bilan du mariage en France, une « institution » de plus en plus remise en question, puisque que la moitié des Français ne sont pas mariés, que beaucoup divorcent, etc. Puis de dire que puisque le mariage n’est plus en vogue, il n’y a aucune raison que les homosexuels se battent pour obtenir ce droit. Ce serait réact’, à l’encontre de la modernité, ou que sais-je. Ce raisonnement représente bien le manque d’arguments de ceux qui souhaitent s’exprimer contre le mariage d’homosexuel.

Certes, le mariage n’est plus une étape obligatoire dans la vie d’un couple, comme il l’était pour la génération de nos grand-parents. C’est même tant mieux, cela signifie que nous sommes, les femmes en particulier, plus libres de décider de notre vie sans pression extérieure. Mais en quoi cela remet-il en cause l’envie de certains couples homosexuels de vouloir se marier ? Et au-delà, il s’agit plus du désir d’avoir le choix de pouvoir se marier ou non.

Si le mariage est caduc, qu’il le soit pour tous. S’il est accepté par la société, qu’il le soit pour tous. L’égalité des droits n’est pas un caprice.

Faut-il se battre pour une Organisation mondiale de l’environnement ?

La création d’une Organisation mondiale de l’environnement (OME) est un projet soutenu par la France, de Chirac à Hollande. Elle serait une institution spécialisée des Nations Unies, au même titre que l’UNESCO ou la FAO.

L’intérêt majeur de cette nouvelle organisation serait de centraliser les activités menées en faveur de l’environnement (lutte contre la pollution et le réchauffement climatique, protection de la biodiversité, etc.) au sein d’une même structure. Actuellement, cette compétence est disséminée entre le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et les autres organisations de la famille des Nations Unies.

Le statut d’organisation lui donnerait également, du moins l’espère-t-on, l’autorité nécessaire pour faire adopter les mesures qui s’imposent face à l’urgence environnementale. Elle pourrait être un centre de négociations plus institutionnalisé et regrouperait les Secrétariats des accords multilatéraux environnementaux (AME) majeurs, comme la Convention sur la diversité et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC).

Pour fonctionner efficacement, il faudrait que cette organisation soit dotée de moyens bien supérieurs à ceux alloués pour le moment à la question. Compte tenu de la situation des comptes publics des principales économies (dont on attendrait qu’elles soient les plus grosses contributrices), il me semble peu probable que le budget nécessaire serait adopté. Les États, en ces temps que l’on nous promet difficiles, ne privilégient pas l’environnement. On aurait donc, au mieux, une organisation qui vivote comme elle peut, pour avoir eu la faim plus grosse que le ventre.

Il faudrait également clarifier les relations que l’OME entretiendrait avec les autres organisations, en particulier la troïka des financières : Organisation mondiale du commerce (OMC) – Banque mondiale – Fonds monétaire international (FMI). En effet, la vision de celle-ci pourrait bien bloquer les tentatives d’action de l’OME. Les financières tendent de plus en plus à considérer les biens communs (comme l’eau et l’air) comme des biens commerciaux dont le prix doit être régulé librement par le marché. Les deux « idéologies » seraient forcément opposées, et il y a fort à parier que les États soutiendront prioritairement la défense de l’ordre productiviste dont ils ne veulent se détacher. Après tout, ce sont les mêmes États qui siègent à l’OMC que ceux qui se regroupent aux Sommets de la Terre et autres conférences internationales pour l’environnement.

Une autre question fondamentale est celle du règlement des différends. La vrai plus-value de l’OME serait la création d’un Tribunal pour l’environnement, présidé par des juges spécialisés qui appliqueraient les AME à portée universelle. Un contentieux qui prendrait tout son sens si les personnes privées, après un nécessaire système de filtration des affaires, avaient la possibilité de saisir ce tribunal, à travers des « class actions » tout du moins. Sans quoi, la Cour internationale de Justice (CIJ) suffit amplement.

A mon sens, tant que la mentalité des gouvernements n’évolue pas, il ne sert à rien de pousser pour une OME. Les États se contenteraient de transférer les fonctionnaires du PNUE dans une nouvelle structure, sans volonté politique supplémentaire. De toute façon, les États-Unis sont depuis longtemps opposés à toute nouvelle création d’organisation onusienne. Une OME sans la participation du plus gros pollueur mondial perdrait beaucoup de son sens.

Ainsi, si, à terme, il faut appeler de nos vœux la création de cette organisation, il me semble que les circonstances ne sont pas encore réunies. Il serait plus important que les États adoptent enfin un successeur pour le Protocole de Kyoto (qui se termine à la fin de l’année) et renforcent les instruments de gouvernance existants. En attendant, tic toc, tic toc… l’aiguille tourne.

Les « animaux-emballages », petite chronique des nutriments ajoutés dans votre viande

Le terme d' »animaux-emballages » est nouveau dans mon vocabulaire. Je l’ai découvert récemment dans un article des Cahiers antispécistes (n°34 de janvier 2012) dont la lecture est très instructive, que l’on soit végétarien ou non. Cette étude m’a fait prendre conscience d’un état de fait pourtant évident si on y pense. Les animaux consommés par les hommes se nourrissent de végétaux, qu’ils transforment en viande. Les manger revient donc peu ou prou à consommer ces végétaux, « emballés » dans de la viande.

Cela va plus loin. La vitamine B12, peu présente dans les végétaux, fait systématiquent défaut aux végétaliens, et à certains végétariens, bien qu’elle reste essentielle au bon fonctionnement du système nerveux. Ils doivent donc se supplémenter, c’est-à-dire prendre de la B12 de leur propre chef (sous différentes formes: en gouttes ou en comprimés). Cette nécessité mène souvent à penser qu’une alimentation carnée est le régime le plus lus naturel pour l’homme : il ne nécessite pas de supplémentation, puisque que les omnivores n’ont pas besoin de prendre de la B12 en dehors de leurs aliments habituels. C’est là un reproche souvent formulés à l’égard des végétar(l)iens.

Et pourtant, l’article nous apprend que la réalité est bien différente. Les animaux élevés pour être consommés (issus de l’élevage intensif) sont eux-mêmes supplémentés en vitamine B12. Au lieu de prendre intentionnellement de la B12, les omnivores mangent sans y penser, car l’industrie de la viande l’a déjà fait pour eux. Cependant, au final, cela revient au même. Nous avons tous une alimentation supplémentée « artificiellement ».

En plus de la B12, les animaux reçoivent d’autres nutriments, comme le fer, le zinc ou d’autres vitamines (A, E, …). En revanche, selon l’auteur de l’article, les éleveurs ne se soucient guère à la santé des consommateurs, mais de leur propre « rendement », puisque cette supplémentation permet aux animaux de produire plus de viande, plus rapidement. Point de philanthropie, donc, mais la volonté d’accélérer le développement naturel de ces animaux, trop peu rentable.

Cette supplémentation ne se cantonne pas uniquement à la viande. Par exemple, on trouve de plus en plus de marques de lait enrichi en calcium ou en vitamines. Un ajout qui ne présente toutefois que peu d’intérêt selon l’association UFC Que Choisir (à lire ici).

Que l’on choisisse de devenir végétarien ou non, l’important pour tous est de savoir ce qui se trouve dans son assiette. Je regrette que des informations comme celle-ci, bien que basiques, ne soient connues que de ceux qui les cherchent. Un cours de diététique à l’école pourrait déjà régler une partie du problème. A condition, bien sûr, que les entreprises agroalimentaires soient soigneusement tenues à l’écart de l’élaboration du programme. Le coût social serait certainement intéressant : mieux manger signifie moins se soigner. Coucou M. Peillon !

Le développement durable, qu’est-ce au juste ?

Depuis quelques années, l’expression « développement durable » a la cote. Les politiques s’en délectent, les publicitaires se l’arrachent et les journalistes nous en rebattent les oreilles pour à peu près tout et n’importe quoi. Pourtant, difficile de se représenter une réalité derrière ce concept un peu flou. Comme il reviendra certainement régulièrement sur ce blog, voici une petite explication.

Le développement durable part d’un constat : la quantité de nos ressources se réduit à vue d’œil, la pollution augmente dans l’air, l’eau et les sols, certaines espèces de plantes et d’animaux disparaissent, les glaces fondent, bref, nos écosystèmes sont gravement perturbés. En conséquence, notre mode de vie actuel doit évoluer. D’où cette jolie formule, attribuée à Antoine de St-Exupéry : « Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants« . Le développement durable propose d’allier croissance économique, développement social et conscience écologique. Si l’on en croit ses défenseurs, une société durable répondrait, à long terme, à nos besoins présents et futurs, tout en préservant les emplois et la qualité de notre environnement. Le terme de « développement durable » est souvent mis en relation avec des valeurs comme la protection de la diversité culturelle, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion ou la participation des citoyens à la prise de décision.

Le développement durable a été transcrit lors du Sommet de la Terre de 1992 en un plan d’action pour le XXIe siècle, l' »Agenda 21« . Il a le mérite de mettre en place une gouvernance à plusieurs niveaux : s’il est considéré par les instances internationales et les gouvernements, il est également, et surtout, repris par les collectivités territoriales qui le déclinent à leur échelle de manière concrète. Les thèmes abordés sont divers, de l’éducation à la santé en passant par l’agriculture. Cependant, en raison de son caractère de « soft law » (c’est-à-dire qu’il n’a pas force obligatoire), cet Agenda est loin d’apporter une réponse suffisante aux problèmes environnementaux actuels, puisque les Etats restent libres de le mettre en oeuvre ou non.

Attention également au « greenwashing » pratiqué par les Etats. Derrière leurs belles déclarations d’intention, à Rio ou ailleurs, leur immobilisme en matière environnementale est bien réel. Il faut se méfier de l’emploi abusif de l’expression de développement durable, bien utile pour faire donner une image positive à un projet qui, si l’on s’y intéresse de plus prêt, l’est beaucoup moins.

Enfin, le développement durable, s’il apparaît sur le papier la solution idéale, a de nombreux détracteurs. La notion d' »économie verte » qui lui est étroitement liée est particulièrement remise en cause. A suivre…

[Image empruntée au site de la mairie de Bruxelles]

« Tu prendras bien de ce délicieux pâté ? » – ou comment je suis devenue végétarienne

Le fait de se nourrir est un rite profondément ancré dans nos habitudes sociales qu’il n’est pas aisé d’aborder de manière objective. Éliminer de son alimentation une catégorie d’aliments, pour des raisons éthiques, et non pour une question de préférence personnelle, n’est pas un acte anodin mais un questionnement profond, un cheminement individuel qu’il faut savoir faire accepter à son entourage. Depuis quelques mois, je suis devenue végétarienne,  abandonnant ainsi la consommation de viande, mais également de poisson – dont j’ai découvert avec surprise que certains ne les considèrent pas comme de véritables animaux.

L’impulsion dans mon cas est venue de l’extérieur, de rencontres puis de lectures. Élevée dans une famille « omnie », je n’aurais probablement pas eu seule l’électrochoc nécessaire à cette prise de conscience. La liste des motivations qui amène à arrêter de consommer toute chair animale est longue, variée, et surtout très différente selon chaque personne. Je ne ferai pas ici de leçon magistrale sur le sujet car d’autres s’en sont parfaitement chargés avant moi (par exemple dans le livre « Eating Animals » de Jonathan Safran Foer, sur le site de l’Association végétarienne de France ou sur viande.info, tous très bien documentés). Pour faire court, mon végétarisme est un mélange de conscience écolo et de rejet de la souffrance animale.

Alors que j’aurais ri aux éclats à cette perspective il y a encore deux ans, le fait que je sois aujourd’hui entièrement végétarienne m’apparaît désormais comme une évidence. C’est un peu comme si j’avais attendu sans le savoir cette « révélation » pour me sentir à l’aise avec mon alimentation. Je suis enfin débarrassée, du moins tant que possible, des réticences inexpliquées que j’éprouvais auparavant face à certains repas, sans pouvoir les verbaliser.

Pour mes proches en revanche, ce nouveau mode vie n’a pas toujours été accepté facilement. On s’est vite inquiété de la manière dont j’allai « compenser » la viande. En réalité, tant que, comme moi, on consomme encore des œufs et des produits laitiers (ce qu’on appelle un régime ovo-lacto végétarien), il n’est nul besoin de se supplémenter, car quand on mange de manière réfléchie, aucune carence n’est à déplorer. La barrière psychologique la plus difficile a sans doute été au sein de ma famille. La nourriture, quand elle est partagée, a un tel potentiel affectif qu’il est difficile de faire un trait sur le traditionnel poulet du dimanche ou les steaks au barbecue dégustés au jardin.

Pourtant, réussir à m’être affranchie du cadre de pensée inculqué pendant l’enfance est une fierté, un petit bout de liberté supplémentaire et, après tout, la preuve que mon éducation a réussi.

Pour aller plus loin, quelques liens :

– le  célèbre discours de Gary Yourofsky, activiste végétalien (un peu plus « extrême » donc mais particulièrement bien narré, et même drôle parfois)
– Graham Hill explique pourquoi il est un « weekday veg » (végétarien du lundi au vendredi) (en anglais)
–  10 idées reçues sur les végétariens
– Des idées de recettes sur Cuisine pop

Et pour finir, je ne résiste pas à l’envie de caler l’ami Morrissey, grand défenseur de la cause :

Heifer whines could be human cries
Closer comes the screaming knife
This beautiful creature must die