Bloqué, une fois, deux fois… adjugé, fichus.

Ban Ki Moon, je sais que tu me lis. Secrètement, dernière tes airs de ne rien savoir, toi aussi, tu rêves d’autre chose. D’une organisation plus « Nous, peuples des Nations Unies » que chapitre V. Alors qu’à Alep, à Tombouctou, dans d’autres endroits oubliés des journaux, ces peuples se font humilier et détruire, des délégués onusiens bien coiffés rappellent à New York les principes de paix et de coopération de la Charte.

Sur les ruines encore fumantes de la Société des Nations, les États vainqueurs de la Seconde guerre mondiale avaient trouvé judicieux de créer une organisation à vocation universelle, qui ferait oublier leurs malheurs à tous en proclamant la guerre interdite pour de bon (sauf cas d’intérêt primordial du POTUS). Pour s’assurer que cette fois, c’était bien la der des ders, ils ont créé le Conseil de Sécurité, la voix de la raison planétaire. La France, in extremis, parvint à s’inviter à la table des Grands et compte désormais parmi les cinq États permanents munis du droit de véto. En somme, cinq États pour les gouverner tous.

Oui mais. Tant qu’un usage jugé raisonnable était fait de ce fameux veto, les esprits restaient passablement apaisés. On nous explique que cette organisation à deux vitesses se justifiait dans le contexte d’après-guerre, qu’il s’agissait du seul moyen de garantir la sécurité, que c’était comme ça et puis c’est tout.

News flash pour vous, les jolis penseurs : nous sommes en 2012. Nous avons connu le mouvement des non-alignés, la fin de l’expression « tiers-monde », le recul des États occidentaux et notre monde n’est en rien comparable avec celui qui accueillit l’ONU en 1945. Nous sommes en 2012 et le Conseil de Sécurité dans sa forme actuelle est obsolète.

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Bonne nouvelle : quand le Conseil de Sécurité est bloqué, comme c’est le cas depuis quelques mois pour la Syrie, par des vétos à répétition, l’Assemblée générale peut reprendre la main, et le pouvoir, en invoquant la résolution « Acheson » (377). Chers fonctionnaires onusiens bien coiffés, c’est à vous de jouer. Le monde vous regarde. Et si j’étais vous, étant donné l’ampleur des dégâts et l’image terrible que l’ONU est en train de gagner au yeux de tous, je me hâterais vite vite de faire savoir au CS qu’on a fini de rigoler. Mauvaise nouvelle : cela n’arrivera probablement pas. La volonté politique de nos dirigeants étant plus ou moins égale à zéro, le pétrole en Syrie n’existant pas, les caisses étant vides et la coutume bien ancrée, il serait très étonnant que cette résolution pourtant providentielle refasse surface dans le contexte présent. L’espoir fait vivre, chez nous en tout cas.

Alors, non, M. Hollande, promettre à ses électeurs que la France gardera son siège permanent et son véto magique n’est en rien une fierté. Que le Royaume-Uni et la France s’effacent au profit d’un siège commun de l’UE ne réglera pas les blocages, ni ne fera disparaître les injustices.

Exigeons une Assemblée générale forte, qui décide de toutes les lignes directrices de l’action de l’ONU, casques bleus compris. Le Conseil de Sécurité doit devenir un organe chargé des questions secondaires techniques et des actions dans l’urgence. Plus de véto, cet usage suranné dont ne veut plus que la minorité de privilégiés qu’il protège encore, ni de membres permanents qui n’ont plus la légitimité de prétendre à cette faveur.

Si l’ONU n’évolue pas, le monde évoluera sans elle. Regardez autour de vous, cela a déjà commencé.

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