La baisse du prix de l’essence: mesure populiste et irresponsable

Le gouvernement a annoncé à la fin du mois dernier une baisse du prix de l’essence à la pompe de 6 centimes. Cette décision a été prise en collaboration avec les pétroliers, pour que l’effort ne repose pas entièrement sur l’État. Ce dernier, qui perçoit sur la vente de l’essence deux taxes majeures (la TICPE et la TVA) a décidé de baisser provisoirement le taux d’imposition. Le manque à gagner est évalué à 300 milllions d’euros, pour la durée prévue de la baisse.

Cette mesure a été annoncée comme une aide au pouvoir d’achat des conducteurs. On peut discuter des 6 centimes, une baisse somme toute peu conséquente, mais pour moi le problème n’est pas là. Comment un gouvernement qui se dit écologiste peut-il encore prendre de telles mesures encourageant l’utilisation de véhicules et la consommation d’essence ? Cette décision, dont les « bienfaits » pour les automobilistes ne se feront sentir que sur le très court terme, envoie un message catastrophique à ceux qui attendent une réelle transition écologique.

On sait que le prix du pétrole ne diminuera pas sur le long terme (même si des baisses anecdotiques pourront être perçues, suite à la découverte d’un gisement par exemple). « Ce qui est rare est cher », le dogme du marché libre, ne s’appliquerait donc pas au pétrole. Pourquoi cela ? Il s’agit purement de désinformation des citoyens et d’une tentative de fausser le problème.

Qu’on se le dise : si vous trouvez que le pétrole est cher, ce n’est encore rien par rapport au prix qu’il atteindra dans quelques années. Il faut accepter cette réalité et changer radicalement de politique. L’ère de la voiture (celle fonctionnant à l’essence tout du moins) est révolue. Taxer les autoroutes, l’essence, les voitures, ne pas encourager la prise du volant par la construction de grands axes routiers… est désormais nécessaire. Si des emplois seront détruits, d’autres seront créés dans des secteurs porteurs pour l’avenir, énergies renouvelables entre autres. Toute autre décision est, au mieux, du populisme, au pire, le reflet d’une politique de l’autruche dangereuse.


« Pas d’inquiétude, il a bien assez de pétrole! »

Cette formule provient d’une vidéo du Post Carbon Institute qui lutte contre le préjugé selon lequel la recherche et les nouvelles technologies vont nous permettre de consommer encore longtemps les énergies fossiles sans se soucier d’une quelconque pénurie. Il démontre que le pic d’extraction de ces énergies, appelé le peak-oil, aura bien lieu et que la seule question est désormais : comment se préparer à l’inévitable ?

Une des réponses à ce problème est apportée par Richard Heinberg dans son livre The Oil Depletion Protocol: A Plan to Avert Oil Wars, Terrorism, and Economic Collapse (le Protocole de diminution du pétrole: un plan pour éviter les guerres du pétrole, le terrorisme et l’effondrement éconmique). Il propose aux États de signer un protocole dans lequel ils s’engageraient à diminuer leurs imports et exports de pétrole de X pourcent chaque année (= le « World Oil Depletion Rate »). Cela leur permettrait de progressivement réduire leur dépendance à cette ressource et de se préparer au déclin mondial annoncé de sa production (et donc à la hausse des prix y afférente).

Évidemment, la probabilité que les États s’entendent sur ce protocole est quasi-nulle, mais il est important que des solutions continuent d’être avancées et que le débat de fond existe. Nous en avons bien conscience, le changement ne se fera pas (seulement) par les politiques publiques, mais par la prise de conscience et l’action de la base.

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Bonus: dans un registre plus léger, une petite trouvaille de 9gag:

« Résumons : le développement durable est comme le sexe adolescent – tout le monde dit qu’il le fait mais la majorité ne le fait pas, et ceux qui le font, le font très mal« 

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Florilège de phrases que les Républicains auraient dû s’abstenir de prononcer

Ceci est une liste tristement non exhaustive des ânneries, plus ou moins graves, prononcées par les Républicains aux Etats-Unis ces derniers mois.

Commençons par Newt Gingrich, ancien « speaker » de la chambre des représentants, docteur en histoire, qui nous gratifie d’un très inspiré :

Nous sommes en présence d’un peuple palestinien inventé, qui est en fait un peuple arabe, et qui faisait historiquement partie de la communauté arabe.

Il confirmera donc sans problème que nous sommes en présence d’un peuple des Etats-Unis inventé, qui est en fait un peuple occidental, et qui faisait historiquement partie de la communauté occidentale.

Sans plus attendre, je vous mets en relation avec Michele Bachmann, juriste, élue à la chambre des représentants, qui affirme sans complexe que, si elle était élue :

Nous n’aurions pas d’ambassade en Iran. Je n’aurais pas accepté cela.

A toute fin utile, précisons que les Etats-Unis et l’Iran ont rompu toute relation diplomatique depuis le 7 avril 1980, suite à la crise des otages à Téhéran. Nous sommes donc en présence d’une ambassade américaine inventée… bref.

Rick Perry, pourtant Gouverneur du Texas, n’a pas hésité avant de lancer devant une audience certainement déconcertée :

Nos Pères fondateurs n’ont jamais voulu que Washington domine à ce point le pays. Ils avaient même très peur de cette évolution. Ils venaient d’avoir cette expérience avec ce gouvernement lointain qui centralisait toutes les décisions. C’est même pour cette raison que nous avons mené la révolution au XVIe siècle.

Oh, ça va! On est pas à deux siècles près… (c’était en réalité en 1776, au XVIIIe siècle).

Une de mes préférées, un peu plus ancienne, mais plus subtile et surtout prononcée par John McCain, sénateur et candidat malheureux à la présidentielle qui faisait des relations internationales sa spécialité :

Il est de notoriété publique et cela a été rapporté dans les médias qu’Al Qaïda s’étend en Iran, qu’il y reçoit un entraînement et qu’il revient en Irak à partir d’Iran. On le sait bien et c’est malheureux.

Pas de chance, Al Qaïda est une organisation sunnite tandis que l’Iran est majoritairement chitte. Une telle coopération n’est guère « de notorité publique ».

Pour finir, une petite sortie de Mitt Romney, candidat Républicain pour la prochaine présidentielle, qui fait tout de suite son petit effet :

Je ne me soucie pas pour les très pauvres. Nous avons un filet de sécurité et s’il a besoin d’être réparé, je le réparerai.

Malgré le « filet de sécurité », les très pauvres sont toujours très pauvres. La politique sociale des Etats-Unis de plus en plus efficace.

Et un bonus :


Comment ça, il n’est pas Républicain ? Comme ça, c’est pas drôle ? Ah non, effectivement, c’est pas très drôle…