Les « animaux-emballages », petite chronique des nutriments ajoutés dans votre viande

Le terme d' »animaux-emballages » est nouveau dans mon vocabulaire. Je l’ai découvert récemment dans un article des Cahiers antispécistes (n°34 de janvier 2012) dont la lecture est très instructive, que l’on soit végétarien ou non. Cette étude m’a fait prendre conscience d’un état de fait pourtant évident si on y pense. Les animaux consommés par les hommes se nourrissent de végétaux, qu’ils transforment en viande. Les manger revient donc peu ou prou à consommer ces végétaux, « emballés » dans de la viande.

Cela va plus loin. La vitamine B12, peu présente dans les végétaux, fait systématiquent défaut aux végétaliens, et à certains végétariens, bien qu’elle reste essentielle au bon fonctionnement du système nerveux. Ils doivent donc se supplémenter, c’est-à-dire prendre de la B12 de leur propre chef (sous différentes formes: en gouttes ou en comprimés). Cette nécessité mène souvent à penser qu’une alimentation carnée est le régime le plus lus naturel pour l’homme : il ne nécessite pas de supplémentation, puisque que les omnivores n’ont pas besoin de prendre de la B12 en dehors de leurs aliments habituels. C’est là un reproche souvent formulés à l’égard des végétar(l)iens.

Et pourtant, l’article nous apprend que la réalité est bien différente. Les animaux élevés pour être consommés (issus de l’élevage intensif) sont eux-mêmes supplémentés en vitamine B12. Au lieu de prendre intentionnellement de la B12, les omnivores mangent sans y penser, car l’industrie de la viande l’a déjà fait pour eux. Cependant, au final, cela revient au même. Nous avons tous une alimentation supplémentée « artificiellement ».

En plus de la B12, les animaux reçoivent d’autres nutriments, comme le fer, le zinc ou d’autres vitamines (A, E, …). En revanche, selon l’auteur de l’article, les éleveurs ne se soucient guère à la santé des consommateurs, mais de leur propre « rendement », puisque cette supplémentation permet aux animaux de produire plus de viande, plus rapidement. Point de philanthropie, donc, mais la volonté d’accélérer le développement naturel de ces animaux, trop peu rentable.

Cette supplémentation ne se cantonne pas uniquement à la viande. Par exemple, on trouve de plus en plus de marques de lait enrichi en calcium ou en vitamines. Un ajout qui ne présente toutefois que peu d’intérêt selon l’association UFC Que Choisir (à lire ici).

Que l’on choisisse de devenir végétarien ou non, l’important pour tous est de savoir ce qui se trouve dans son assiette. Je regrette que des informations comme celle-ci, bien que basiques, ne soient connues que de ceux qui les cherchent. Un cours de diététique à l’école pourrait déjà régler une partie du problème. A condition, bien sûr, que les entreprises agroalimentaires soient soigneusement tenues à l’écart de l’élaboration du programme. Le coût social serait certainement intéressant : mieux manger signifie moins se soigner. Coucou M. Peillon !

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« Tu prendras bien de ce délicieux pâté ? » – ou comment je suis devenue végétarienne

Le fait de se nourrir est un rite profondément ancré dans nos habitudes sociales qu’il n’est pas aisé d’aborder de manière objective. Éliminer de son alimentation une catégorie d’aliments, pour des raisons éthiques, et non pour une question de préférence personnelle, n’est pas un acte anodin mais un questionnement profond, un cheminement individuel qu’il faut savoir faire accepter à son entourage. Depuis quelques mois, je suis devenue végétarienne,  abandonnant ainsi la consommation de viande, mais également de poisson – dont j’ai découvert avec surprise que certains ne les considèrent pas comme de véritables animaux.

L’impulsion dans mon cas est venue de l’extérieur, de rencontres puis de lectures. Élevée dans une famille « omnie », je n’aurais probablement pas eu seule l’électrochoc nécessaire à cette prise de conscience. La liste des motivations qui amène à arrêter de consommer toute chair animale est longue, variée, et surtout très différente selon chaque personne. Je ne ferai pas ici de leçon magistrale sur le sujet car d’autres s’en sont parfaitement chargés avant moi (par exemple dans le livre « Eating Animals » de Jonathan Safran Foer, sur le site de l’Association végétarienne de France ou sur viande.info, tous très bien documentés). Pour faire court, mon végétarisme est un mélange de conscience écolo et de rejet de la souffrance animale.

Alors que j’aurais ri aux éclats à cette perspective il y a encore deux ans, le fait que je sois aujourd’hui entièrement végétarienne m’apparaît désormais comme une évidence. C’est un peu comme si j’avais attendu sans le savoir cette « révélation » pour me sentir à l’aise avec mon alimentation. Je suis enfin débarrassée, du moins tant que possible, des réticences inexpliquées que j’éprouvais auparavant face à certains repas, sans pouvoir les verbaliser.

Pour mes proches en revanche, ce nouveau mode vie n’a pas toujours été accepté facilement. On s’est vite inquiété de la manière dont j’allai « compenser » la viande. En réalité, tant que, comme moi, on consomme encore des œufs et des produits laitiers (ce qu’on appelle un régime ovo-lacto végétarien), il n’est nul besoin de se supplémenter, car quand on mange de manière réfléchie, aucune carence n’est à déplorer. La barrière psychologique la plus difficile a sans doute été au sein de ma famille. La nourriture, quand elle est partagée, a un tel potentiel affectif qu’il est difficile de faire un trait sur le traditionnel poulet du dimanche ou les steaks au barbecue dégustés au jardin.

Pourtant, réussir à m’être affranchie du cadre de pensée inculqué pendant l’enfance est une fierté, un petit bout de liberté supplémentaire et, après tout, la preuve que mon éducation a réussi.

Pour aller plus loin, quelques liens :

– le  célèbre discours de Gary Yourofsky, activiste végétalien (un peu plus « extrême » donc mais particulièrement bien narré, et même drôle parfois)
– Graham Hill explique pourquoi il est un « weekday veg » (végétarien du lundi au vendredi) (en anglais)
–  10 idées reçues sur les végétariens
– Des idées de recettes sur Cuisine pop

Et pour finir, je ne résiste pas à l’envie de caler l’ami Morrissey, grand défenseur de la cause :

Heifer whines could be human cries
Closer comes the screaming knife
This beautiful creature must die